Rencontres régionales de la langue bretonne (octobre 2016) : propositions d’un groupe d’enseignants

— Les propositions et la synthèse que nous avions faites en octobre 2016 lors des rencontres régionales de la langue bretonne organisées par le conseil régional de Bretagne.

« Au contraire de la Corse, de l’Alsace et du Pays Basque, la Bretagne ne bénéficie d’aucun plan de développement ni d’aucun objectif clair porté par les autorités près de 40 ans après la création de la première école Diwan ».
Source : Chiffres de la rentrée 2015 de l’enseignement bilingue, Office public de la langue bretonne

Pourtant , la loi de programmation pour la refondation de l’École de la République, votée en juillet 2013, avec son article L312-10 du code de l’Éducation ainsi rédigé, « Leur enseignement (ndlr : des langues et cultures régionales) est favorisé prioritairement dans les régions où elles sont en usage. Cet enseignement peut être dispensé tout a long de la scolarité selon des modalités définies par voie de convention entre l’État et les collectivités territoriales où ces langues sont en usage », a permis à certaines régions de mettre en place des conventions volontaristes en la matière.

C’est le cas de l’Alsace et de ses deux départements avec une convention cadre 2015-2030 et une convention operationnelle 2015-2018 signées en juin 2015 ou plus récemment la collectivité territoriale de Corse avec une convention signée le 2 novembre 2016 qui prévoit la généralisation de l’enseignement bilingue sur son territoire.

En Bretagne, la convention signée sur la transmission des langues de Bretagne, le 20 octobre 215, apparaît en complet décalage avec ces exemples précédents.

Les propositions

Changer la façon de présenter les chiffres

Il faut cesser de présenter les chiffres en mesurant seulement l’évolution au nombre d’élèves scolarisés en filières bilingues mais le rapporter à l’ensemble des élèves en Bretagne. Selon la présentation des résultats, la vision des « progrès » change ainsi complètement :

>En Dans la convention État-Région, signée en septembre 2015, il est prévu d’atteindre 25 % d’élèves en filière bilingues en début de 6e.

En Pays Basque-Nord, 39 % d’élèves scolarisés en filières bilingues en 2016. 65 % des écoles proposent une filière bilingue.

En 2015, en région Bretagne (4 départements), 1,84 % d’élèves sont scolarisés en filière bilingue. En 2015, seules 7,7 % des écoles proposaient une filière bilingue. 92 % des écoles maternelles de Bretagne ne proposent aucune filière bilingue !
Source : Enseignement bilingue en 2015, Office public de la langue bretonne

Et de l’autre côté de la MancheLe ministre du gouvernement du Pays de Galles, en charge du développement durable et de la langue galloise, a déclaré au cours de la cérémonie d’ouverture d’un centre de formation le 15 octobre 2016 : “The Government has set an aim of ensuring a million Welsh speakers by 2050. Our schools and children have a vital part to play in helping us achieve this aim, they are the future of our language and our nation”. En 1960, le nombre de bretonnants et de galloisants était sensiblement le même. Au début de ce XXIe siècle, la situation est radicalement différente au Pays de Galles et Bretagne.

Prévoir des objectifs à long terme avec un véritable plan de développement

17 000 élèves en 2017 ce n’est pas assez ! Il est déplorable que l’objectif de 20 000 enfants en 2020 soit le même que celui établi en 2004 qui était déjà l’objectif à atteindre en 2010… Si nous maintenons le rythme actuel de croissance, il faudra attendre 100 ans pour atteindre le taux actuel de scolarisation en alsacien !
Source : Enseignement bilingue en 2015, Office public de la langue bretonne

De nouveaux chiffres

Pour suivre le développement du système scolaire bilingue en Bretagne, il serait nécessaire d’avoir de nouveaux chiffres mesurés par l’Office public de la langue bretonne. Par exemple, compléter les études par le nombre de classes bilingues par commune, le pourcentage de classes bilingues dans les écoles bilingues

Des objectifs pour la qualité de la langue

On ne peut pas annoncer un nombre d’élèves en filières bilingues s’ils ne peuvent pas s’exprimer en breton à la fin de leur parcours scolaire. En Pays Basque-Nord, un plan d’objectifs linguistiques a été défini. Les écoles maternelles publiques et catholiques sont en outre autorisés par le biais d’un protocole dit expérimental à aller au delà de la parité horaire. Dans la convention cadre venant d’être signée avec l’État, en Corse, cette possibilité vient également d’être ouverte dans l’enseignement public.

Élever le niveau de breton des enseignants, développer un plan de formation continue des enseignants

À la suite des 6 mois de formation longue, certains enseignants se retrouvent à enseigner aussitôt. Pour certains, il peut être trop tôt ; il est donc nécessaire de proposer des formations d’approfondissement et de suivre des stages en classe avec des enseignants plus expérimentés. Pour les enseignants en poste, il s’agit également de proposer une réelle formation afin d’améliorer les pratiques de l’enseignement bilingue et pouvoir échanger régulièrement sur les difficultés et les réponses à apporter sur l’enseignement en/du breton. À titre de comparaison, la convention signée par l’État avec la collectivité territoriale de Corse en novembre 2016 prévoit des stages de formation longs de 45 heures à 90 heures avec un dispositif d’enseignants bilingues remplaçants.

Obtenir une offre d’enseignement bilingue de proximité dans le second degré

…et la mise en place des mesures nécessaires afin de résorber la rupture de continuité entre le premier et le second degré : une politique de pôles cohérente s’appuyant sur une offre solide dans le premier degré, une parité horaire réelle des enseignements en breton et en français dans le second degré, une politique de sensibilisation des parents à la poursuite de la filière bilingue dans le second degré, transports adaptés…

Mise en place progressive de filières bilingues dans le second degré technologique, professionnel agricole et maritime
Inciter les communes à former en langue bretonne leurs employés

ASEM (agents spécialisés des écoles maternelles), AVS (auxilières de vie scolaire), animateurs périscolaires dans les écoles maternelles et primaires

Mette en place une politique d’offre de formation continue incitative par la région pour les écoles avec une aide pour le remplacement du personnel en formation
Développer à l’échelle de la Bretagne une initiation à langue et à la culture bretonnes dans le premier degré

Cette possibilité est mentionnée dans la convention signée avec l’État en octobre 2015 : « Dans le premier degré, une attention particulière sera portée à à la possibilité d’offrir une sensibilisation à la langue et à la culture bretonnes dans l’enseignement afin que les élèves puissent se familiariser avec le patrimoine régional y compris en adaptant les outils pédagogiques nécessaires. » Mais aucune date, ni plan de formation des enseignants non brittophones, n’est prévue à ce jour…

Mettre en place un véritable comité de suivi de la convention signée par la région avec l’État sur l’enseignement bilingue se réunissant au moins 3 fois par an
Et surtout, renégocier la convention actuelle (prévue sur la durée 2015-2020) avec une politique volontariste

…en la matière à l’instar des autres régions concernées, avec un objectif réévalué et un plan de développement pluriannuel chiffré et défini par département et zones géographiques, à décliner en plans d’actions annuelles), en y associant les départements bretons. Le Finistère a en effet voté le 20 octobre 2016 un schéma linguistique 2016-20121 qui prévoit de passer de 7 % d’élèves scolarisés en filières bilingues à 10-15 % d’ici 6 ans.