Morbihan : Quand la diversité linguistique à l’école maternelle publique passe par … l’anglais !

Les enseignants du public 1er degré de la circonscription de Vannes (pour l’instant) ont été destinataires d’un document dénommé « axes de développement des langues vivantes à la rentrée 2019″ adressé par la conseillère pédagogique en charge des langues vivantes étrangères du Morbihan. 
 
Dans ce document, un chapitre concerne le point suivant : Découverte de l’anglais à la Maternelle  
« Les programmes de la maternelle de 2015 énonçaient la place de l’éveil à la diversité linguistique dans le langage oral.  La « note de service du 28 mai 2019« les langues vivantes à l’école maternelle » réaffirme la place de l’éveil à la diversité linguistique associé à la découverte d’une langue singulière, en cohérence avec la LVE enseignée aux cycles 2 et 3. Pour le département du Morbihan, il s’agit de sensibiliser les élèves de la maternelle à l’anglais en les exposant régulièrement à des temps courts et variées ».

Le Hic , c'est que cette "proposition" ne respecte aucunement l'esprit des programmes
 2015 pour la Maternelle ! 
Extrait des PROGRAMMES DE L’ECOLE MATERNELLE 2015  :

Éveil à la diversité linguistique : À partir de la moyenne section, ils vont découvrir l’existence de langues, parfois très différentes de celles qu’ils connaissent. Dans des situations ludiques (jeux, comptines…) ou auxquelles ils peuvent donner du sens (DVD d’histoires connues par exemple), ils prennent conscience que la communication peut passer par d’autres langues que le français : par exemple les langues régionales, les langues étrangères et la langue des signes française (LSF). Les ambitions sont modestes, mais les essais que les enfants sont amenés à faire, notamment pour répéter certains éléments, doivent être conduits avec une certaine rigueur.

Il faut en outre savoir qu’il s’agit d’un dévoiement complet de la contribution de Martine KERVRAN, à l’origine de ce chapitre, qui a été jusqu’à peu enseignante chercheuse à l’ESPE de Bretagne et ancienne responsable d’un Master de Recherche en Bretagne.

Pour se faire une idée, quelques titres de ces ouvrages :

  une approche plirielle des langues à l’école primaire (2003)

– vers une didactique inclusive des langues à l’école primaire (2005)

– langues et éducation au plurilinguisme : principes et activités pour la formation des enseignants (2008)

Il faut en outre remarquer que le document de DSDEN 56 se base sur la « note de service : recommandations pédaggogiques sur les langues vivante étrangères à l’école maternelle » en date du 28 mai 2019 signée par Blanquer.

Au passage, les mentions de « langues régionales » et de « langue des signes (LSF) » contenus dans les programmes ont disparu ! 

Il parait étonnant que le nouveau recteur de l’académie de Rennes n’ait été mis au courant car la proposition d’enseignement de la langue anglaise en maternelle dans le Morbihan est justifiée par l’ouverture prochaine au collège Jules Simon de Vannes d’un « parcours d’ouverture internationale anglo américain ».

On peut également s’interroger sur le respect des engagements de l’Etat contenus dans la Convention spécifique pour la transmission des langues de Bretagne et le développement de leur usage dans la vie quotidienne sur la période 2015-2020 signée entre l’Etat et la région Bretagne. Page 4 de ce document , il était mentionné : « Dans le premier degré, une attention particulière sera portée à la possibilité d’offrir une sensibilisation à la langue et à la culture bretonne dans l’enseignement, afin que les élèves puissent se familiariser avec le patrimoine régional, y compris en adaptant les outils pédagogiques nécessaires. » 

Rien n’a avancé dans ce domaine. L’initation à la langue et la culture bretonne ( hors filières bilingues) est cantonnée au département du Finistère à l’origine de ce dispositif. Pire, les initiatives portées par des associations dans d’autres départements (Morbihan et Côtes d’Armor) se sont toutes arrêtées !  Dans le Finistère, le nombre d’élèves concernés a fortement diminué : de presque 12 000 élèves en 2006, on est passé à environ  8 000 ( chiffre stable depuis 2010). Pour en savoir plus, lire ici la dernière étude sur l’enseignement optionnel (hors filière bilingue) de la langue bretonne par l’office public de la langue bretonne.  Le président du Conseil Régional de Bretagne et la Présidente du conseil départemental du Finistère ont adressé le 18 avril 2018 au Ministre de l’Education Nationale une lettre demandant la généralisation de cet enseignement à l’ensemble des écoliers du Finistère dans lequel il est écrit « nous sollicitons de votre haute bienveillance l’octroi d’une audience pour que soit examinée en Finistère l’opportunité d’une expérimentation portant sur la généralisation d’une heure d’initiation par semaine à l’ensemble des élèves finistériens selon des scénarios qui restent à construire ensemble ». 

A ce jour, et selon nos informations, le Ministre de l’Education Nationale n’a pas encore daigné répondre …